My little world
À l'approche de la limite du terrain familial, Tenshi ralentit. Sa colère s’était quelque peu estompée, laissant place à un immense vide. Ses larmes coulaient toujours, et laissaient derrière elles des traînées noires, telles de la suie.
Tenshi escalada la clôture, et, une fois en bas, s'arrêta brusquement. À quelques mètres d'elle, il y avait trois filles. Kanade, Yurippe et Sekine. Tenshi pour une fois, ne se posa pas de questions. Le vide qui grandissait en elle avait besoin d'être comblé. Peu importe comment. Et les bras de Kanade, grands ouverts, avaient quelque chose d’accueillant, de rassurant.
Tenshi resta longtemps ainsi, dans les bras de la jeune fille aux cheveux châtain-vert, sans se douter ni du temps qui passait, ni des légers sursauts qu'avait cette dernière, ni même de Yurippe et Sekine qui semblaient tenter de l'aider.
Bien plus, tard, Tenshi relâcha enfin Kanade. Avec les deux autres, elles rejoignirent une voiture, où Tenshi se retrouva seule, sur la banquette arrière, avec Sekine. Pour une fois, elle ne se montrait pas hautaine. Elle avait juste l'air compatissante, comme si elle même avait déjà vécu une telle épreuve. Était-ce un des liens qui poussait ces filles à croire que Tenshi était comme elles ? Sûrement. Mais la jeune fille n'avait pas la force de poser la question. Épuisée par cette journée où s'était enchaînées toutes ces annonces choquantes, elle tomba dans un sommeil profond.
Pour la seconde fois, elle revoit le tourbillon de couleurs, ce mélange dont on ne voit pas les contours. Elle reconnaît les quatre qui ressortent. Le bleu. Comme Sekine ... Le vert. Comme Kanade ... Le blanc. Comme Yurippe … Et le rouge. Comme elle. De nouveau, elles se rapprochent. Mais elle est prête à les accueillir. Cette fois, elle ne souffre pas. Les couleurs l'entourent, et forment une sorte de cocon. Un refuge. Qui cette fois, ne disparaît pas.
C'est entourée de ces couleurs qu'elle revoit les images de l'homme brûlé vif. Du bébé. Mais cette fois, elle l'accepte. Au lieu de se cacher, de fuir comme la fois précédente, elle regarde au loin. Et elle comprend tout.
